Observations automnales (2/2)

Suite et fin du précédant billet.
Partant du peu d’observation de jardins voisins, disais-je précédemment, je m’emballe et échaffaude des théories sur la façon de se donner du travail dans un jardin, mises sous la forme du conte suivant, fortement orienté idéologiquement :

-A la base, nous avions un paradis orginel, avec une terre riche en humus issue de la forêt. Elle ne donnait pas beaucoup d’herbes difficile à arracher; on les enlever au printemps et on semait. On l’enrichissait tous les ans pour compenser l’humus que consomment les légumes. Il y avait notament des arbres au milieu des jardins qui donnaient des feuilles qui couvrait le sol. Le paradis originel, c’était le bon temps où on ne travaillait pas beaucoup…

-Et puis, un jour, quelqu’un s’est mis en tête que les débris végétaux, les feuilles d’arbres ou fanes de plantes, sur le sol, c’est pas beau. Ca fait pas « propre ». Et puis que les arbres, il n’y en avait pas besoin. Alors il s’est mis à enlever tous les « débris » du sol. Naturellement, des herbes se sont alors mise spontannément à pousser pour protéger le sol. Il fallait alors aussi , à ce jardinier, les enlever.
En conséquence de cette conception de « terre propre », la terre n’était plus protégé de l’érosion, de la battance. Et elle était moins alimenté en humus, il a fallu demander au voisin agriculteur s’il ne voulait pas livrer du fumier de vache (mon père a eu utilisé ce procédé avant, maintenant que je m’occupe du compost végétal ça n’arrive plus.) Pour un petit jardin, la quantité ne manque pas, mais quand c’est tout le territoire national qui fait ça avec l’agriculture…
Bon, le jardinier va mettre du fumier, ou bien s’il ne peut en avoir, du NPK du commerce.
Bref. D’autres ont suivi ce jardinier dans cette conception de la « terre propre », qui est devenue majoritaire et quasi exclusive (dans mon village et les autres..).

– Un jour, le jardinier est las d’arracher sans cesse les paturins, seneçons, chénopodes et autres, qui envahissent son jardin en conséquence de ses enlèvements de feuilles et de désherbages. Alors, il abdique. Il se dit que grâce aux merveilles de l’industrie, il va réduire son travail. Peut-être même retrouvera-t-il le paradis originel , celui où il n’y avait presque pas de travail à faire? Manque de chance; si les désherbants sont efficaces à court terme, ils ne font pas du bien au sol et on voit alors mercuriales, euphorbes, datura pousser en masse , ce qui est bien pire que le paturin. D’où apersions supplémentaires d’herbicide, d’où arrivées plus massives encore de plantes toxiques. Et puis il n’y a rien qui alimente le sol « sainement », il n’y plus les feuilles et autre matières carbonées qui s’humifient, mais cela le jardinier ne le comprend pas, ayant perdu le sens de l’humus.
Pour compenser, avec des doses de fumier et NPK pour alimenter les plantes, on obtient des légumes. Mais quels légumes?

Avec le sol passé au round-up, curieusement, on trouve parfois pas mal de mouron des oiseaux, cette petite plante fragile et délicate, au milieu la datura et les euphorbiacés, comme traces du paradis orginel retrouvé. Mais c’est du mouron empoisoné, je n’irai pas en manger; c’est un paradis artificiel qui est recréé. Si le mourron des oiseaux peut apparaitre dans ces conditions, c’est je pense, le fait que le tuage de plante par le round-up crée en certains endroit des petits paillages qui fournissent de l’humus comme une vraie couverture de sol locale.

Bref. Dans mon village, tous les jardiniers n’ont pas abdiqués face à l’industrie, et l’usage de déherbant chimique ne se fait pas partout sur tous les jardins, n’est peut-être même pas majoritaire. Mais il tendrait à le devenir. J’ai fait l’hypothèse qu’un jardin pollué aux désherbant se reconnait à la mercuriale qui pousse, les autres jardins se contentent d’avoir un sol nu avec du paturin maigrichon qui tente comme il peut de lutter contre l’érosion. J’ai observé les deux types de jardin. Je n’ai pas cherché vérification en demandant aux jardiniers s’ils avaient mis du désherbant; je n’ai pas compté le nombres de jardin à mercuriale pour savoir si l’usage de désherbant est majoritaire.

Le cycle vicieux désherbant/érosion/plantes toxiques s’entretien très bien lui-même, et peut continuer longtemps tant que les réussites de la chimie surpassent ses échecs; à moins de prendre une « bifurcation technique » et remettre de l’humus sur le sol . C’est celle qu’on prise notament les agriculteurs en Semis direct sous couvert végétal, pour ce qui est du travail à grande échelle. C’est d’ailleurs de l’un d’entre eux que je tire cette histoire de « bifurcation » fondamentale dans le domaine agricole; il prétendait même que les « mauvaises herbes » ne venaient pas « naturellement » mais à cause du labour, et bien d’autres choses intéressantes.

Il est vrai que c’est un peu facile dans mon cas de faire venir le mourron, puisque je récolte la MO sur une surface (gazon et haies) environ dix fois plus grande que celle où je l’épand (jardin, pied d’arbres), d’ailleurs j’en ai bien trop, je sais pas trop quoi faire du surplus . C’est l’abondance « volée » à d’autres sols et concentrée.
Mais je répondrai que la MO végétale, ce n’est pas ce qui manque non plus dans les campagnes bocagères. Par exemple, au lieu de nourrir les vaches, on peut faire du compost d’herbe fauchée sur quelques centaines de m², on a une production d’humus largement suffisante, et supérieure à celle obtenue après la digestion par des animaux (qui consomme une grande partie du carbone). Et puis je n’utilise pas à fond toutes les ressources…

La bifurcation mentionnée ci-dessus, je ne saurai comment l’instiller dans mon village. En tout cas la elle est déjà engagé dans le jardin de mes parents.
Du moins j’espère qu’elle se maintiendra. N’avais-je pas entendu des rumeurs il y a quelques années, comme quoi mon père las de la binette, allait utiliser du désherbant « l’année prochaine »? Et bien, bon, il n’a pas cédé, et si pour la suite ça marche bien comme cet automne, si le mouron vient à foison, si les paillages sont posés, cette menace de round-up sera définitivement écartée, sans pour autant que le jardin ne donne beaucoup de peine…

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