Broyer du vert (bis)

Je recycle le titre d’un ancien article du blog du Sens de l’Humus pour l’idée n°18 du blog 1000 idées pour la Corse. Juste le titre, l’article est différent :

Quand j’ai voulu, avec le Sens de l’Humus, revenir faire des choses en Corse, la première action qui nous a semblé pertinente ici a été de promouvoir et d’expérimenter le Bois Raméal Fragmenté.

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est une expression un peu pompeuse inventée par des Québécois pour désigner le broyat obtenu de branches d’arbres encore vertes pour une utilisation agricole. Ce matériau a démontré, dans bien des circonstances, une capacité exceptionnelle à rendre leur fertilité aux sols, à condition d’être utilisé correctement.

Pour faire du BRF, on passe des branches de faible diamètre dans un broyeur, et on se dépêche de l’épandre, avant éventuellement de l’incorporer au sol qu’on veut améliorer. Les organismes vivants du sol sont alors considérablement stimulés par ce matériau à décomposer, la structure du sol est améliorée, il retient mieux les nutriments, les laisse plus disponibles, l’eau s’infiltre mieux et est stockée en plus grande quantité. Les plantes qui y poussent sont plus résistantes, leur système racinaire est plus développé, leur productivité est accrue.

L’idée nous semblait particulièrement bonne en Corse, où la quantité de biomasse ligneuse disponible est très grande, et, mieux, où la biomasse effectivement coupée et perdue chaque année est énorme dans le cadre des débroussaillements contre les incendies.
Quand l’utilisation du BRF est réussie, le bénéfice est considérable pour le sol et les plantes, et dépasse même en termes de rendement brut les résultats obtenus par des amendements et des engrais de synthèse. Mais le BRF ne fonctionne pas toujours, principalement pour deux raisons : la qualité du matériau de départ, et les caractéristiques du sol et du climat.

Certains types de bois sont de meilleure qualité pour le BRF que d’autres. Les résineux ne se prêtent pas à cette utilisation, de même que certains feuillus comme l’eucalyptus. On ne peut les introduire dans le BRF qu’avec parcimonie. Les essences trop aromatiques, ou trop taniques ne sont pas souhaitables non plus. Par ailleurs, plus le diamètre des branches est important, moins le BRF est bon. Des branches de 4 ou 5 cm donnent un bien meilleur BRf que des branches plus grosses.

Côté sol et climat, le BRF déteste les sols trop lourds ou trop humides, de même que les situations trop sèches. Dans tous ces cas, l’activité des micro-organismes est gênée, voire empêchée, et le matériaux sèche ou se décompose mal.

En Corse, nous sommes confrontés à deux problèmes : la qualité des essences disponibles est variable. Nous possédons potentiellement de très bonnes essences (en gros les arbres à feuilles caduques), de très mauvaises (l’eucalyptus et les résineux), et une écrasante majorité d’essences de qualité mal définie : celles qui composent le maquis, du ciste au chêne vert en passant par les différents genêts et l’arbousier. Ce sont ces essences que nous avons commencé à tester ici depuis la fin 2007.

Le second problème est la sécheresse estivale qui tend à assécher le matériau, ce qui, au mieux ralentit considérablement son évolution, au pire, lui fait perdre beaucoup de ses qualités. On peut réduire cet inconvénient par des mesures appropriées, ce que nous verrons dans un prochain article.
Il reste donc à travailler encore pour avoir une idée précise du potentiel du BRF utilisé en tant que tel en Corse. En revanche, il n’est pas besoin d’études complémentaires pour trouver d’autres utilisations plus faciles à la biomasse.

D’autres utilisations de la biomasse
En premier lieu, bien évidemment, se place l’utilisation énergétique de celle-ci. Je l’ai déjà dit, je pense qu’il est impératif pour nous de développer cette filière, et de lui donner une vraie place dans le paysage énergétique corse. Ce serait une filière riche en emplois, notamment en zones rurales, et particulièrement utile à la lutte contre les incendies. Si elle était soutenue à la hauteur de ce qu’est soutenue aujourd’hui la filière électrique, elle serait largement viable.

Cette filière pourrait être alimentée par tous les types de biomasse considérés comme de mauvaise qualité pour une utilisation en BRF : essences peu favorables, diamètres trop importants.

D’autres utilisations de type agricole, reliées à la gestion des déchets, au compostage, sont particulièrement indiquées. Cette fois, au lieu d’utiliser le broyat pur, on s’en sert de substrat de compostage, pour équilibrer des déchets trop humides, trop azotés ou trop acides. Il serait sans doute possible de faire entrer dans le cadre du compostage non seulement toutes les ordures ménagères, mais aussi les déchets agricoles, voire les boues de station d’épuration. Je ne sais pas précisément combien nous pourrions produire de compost au total, je dirais à la louche un potentiel d’une tonne par an et par habitant.

Au prix du compost aujourd’hui, ça financerait à mon avis plusieurs centaines d’emplois pour la Corse entière, entre la production et la distribution, dans des unités entièrement accessibles au savoir-faire d’entreprises locales.

Une autre utilisation de la biomasse broyée pourrait intervenir en petits travaux publics : on utilise déjà ici ou là ces copeaux pour limiter l’érosion de pistes non goudronnées. Quelques centimètres de broyat sur une zone soumise à l’érosion comme l’est une piste en terre ou un remblais sont susceptibles de limiter considérablement les dégâts. L’avantage est de pouvoir utiliser dans ce cas n’importe quelle qualité de bois.

Je reviendrai spécialement dans un article sur l’utilisation du compost de broussailles pour produire de l’énergie, selon la méthode Jean Pain. C’est une méthode merveilleusement ingénieuse, mais qui nécessite… de l’ingéniosité.

Les broyeurs
Côté matériel, c’est le grand écart. Du composteur de jardin amateur à quelques centaines d’euros au broyeur de troncs à plusieurs centaines de milliers d’euros, on a surtout l’embarras du choix. On trouve des broyeurs vers 1000 à 2000 euros qui sont déjà bien solides. Pour une association ou une petite collectivité, avec un usage plus intensif, il faut monter vers les 4000 à 5000 euros. A ces prix, on a des broyeurs à alimentation verticale. Ils sont efficaces, faciles à transporter, mais fatigants à l’usage.

On trouve les premiers broyeurs à alimentation horizontale vers 10 000 euros. A 15 000 euros, on a déjà du bon matériel professionnel. C’est dans cette gamme que les collectivités ou les agriculteurs devraient se situer. On a alors de quoi broyer les diamètres adaptés au BRF et au compostage, soit jusque vers 7cm, ce qui correspond à la dimension maximale de ce qu’on appelle les rémanents de foresterie. Notons que le centre régional de la propriété forestière recommande de laisser les rémanents au sol après une coupe : ils serviront à régénérer le sol forestier. C’est ce qu’il faut faire lors d’une coupe à blanc. Même dans le cas d’un éclaircissage ou d’un débroussaillement, on a toujours intérêt à ne pas laisser le sol trop propre, sauf bien entendu dans le cas d’un pare-feu dans une zone critique.

Pour les bois de plus gros diamètres, on a le choix entre les brûler entiers (cheminée, insert), ou encore les broyer pour les brûler en chaudière. Il faut alors des broyeurs plus puissants, mais ça reste un matériel accessible à des entreprises corses.

En tout cas, nous ne devrions plus laisser perdre de biomasse en la brûlant sur place sans valorisation. C’est une ressource vitale, que nous devons impérativement apprendre à utiliser au mieux.

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

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