Composter, pour commencer

Un nouvel article du très dynamique et très beau blog 1000 idées pour la Corse 😉 (idée n°14)

L’actualité récente le montre, le problème des déchets est l’un des plus difficiles à régler pour notre île. Les centres d’enfouissement débordent, les factures s’alourdissent, les projets de traitement industriel pointent à l’horizon, et en attendant la situation semble devoir s’aggraver d’année en année.

Malgré les efforts réalisés pour la promotion du tri des déchets, la part restant à enfouir reste énorme, et les nuisances potentielles des décharges rendent problématique leur implantation. La putréfaction des ordures ménagères incommode les riverains, et les infiltrations vers les nappes phréatiques sont toujours possibles, malgré les précautions prises en la matière.

Ce qui pose surtout problème, sent mauvais et menace l’environnement, c’est la “partie fermentescible”, qui représente à peu près un tiers des déchets ménagers. La part fermentescible, ce sont les déchets organiques (les épluchures, les trognons de pommes et de choux), tout ce qui a été vivant un jour et ne demande qu’à pourrir et à suinter.

Débarrassées de cette encombrante part, les ordures ménagères seraient déjà nettement plus faciles à gérer.  On se demande alors pour quelle raison le tri ne commence pas par ces déchets organiques.

D’autant que pour une région comme la Corse, les avantages seraient nombreux à traiter correctement cette part des déchets.

Par exemple, quand on demande aux gens pour quelle raison ils sont réticents à trier leurs déchets, la réponse qui vient le plus souvent est qu’on ne sait pas trop où ça part tout ça, et qu’il paraît que c’est tout remélangé une fois arrivé là où ça doit arriver. Le problème, bien réel, est le caractère virtuel du recyclage, accentué chez nous par le fait que ces déchets sont recyclés ailleurs, puisque nous ne possédons pas d’industrie capable de le
faire chez nous.

Or, les déchets fermentescibles n’ont pas cet inconvénient, puisqu’ils peuvent être traités très près de leur lieu de production, et ne nécessitent pas une haute technologie pour cela : un lombricompost d’appartement, une compostière de jardin, un compost commun de village, ou une plate-forme de compostage micro-régionale, tout cela est à la portée des Corses, particuliers, communes ou entreprises, et nous pourrions sans difficulté vérifier, près de chez nous, voire carrément chez nous, que la valorisation des déchets est une réalité.

Chaque micro-région pourrait ainsi établir un plan de gestion des déchets fermentescibles.

Pour la Balagne, par exemple, nous pourrions créer deux plate-formes de compostage, une à proximité d’Ile-Rousse, l’autre à proximité de Calvi. Les villages les plus éloignés de ces plates-formes auraient leur propre compost municipal (quelques commune de France on déjà de tels composts), et le compostage individuel serait encouragé autant que possible, par l’aide
à l’acquisition de compostières de jardins ou de lombricomposteurs d’appartement.

Les composts communaux pourraient être gérés par des associations ou des jardiniers, qui récupèreraient le compost ainsi créé, aidés par les employés communaux. Les plate-forme de compostage pourraient gérer aussi des déchets verts (les déchets de jardin, de débroussaillage) et agricoles, pour une véritable petite industrie des fertilisants naturels, qui financerait une partie du dispositif. Il y aurait sans doute de nombreuses créations d’emplois à la clé, emplois que nous pouvons rendre aussi qualifiés que possible, le but étant la production de produits d’excellente qualité et leur meilleure utilisation possible par les utilisateurs. Une vingtaine de plate-formes de compostage en Corse pourraient probablement employer une centaine de personnes.

Cela créerait sans aucun doute plus d’emplois qu’aucune solution industrielle, et serait à la portée d’entreprises locales, ce qui n’est pas le cas des solutions industrielles.

En ville, le lombricompostage et les composts de quartier allègeraient grandement la masse de déchets à transporter vers les plate-formes de compostage. Ces solutions emportent facilement l’adhésion des habitants, nous l’avons testé à Montreuil.

Un défi courageux pourrait alors consister en une véritable planification à l’échelle de la Corse, avec un agenda précis. On pourrait par exemple décider qu’au bout de 3 ans, ou 5 ans, on arrêterait totalement de traiter ces déchets fermentescibles à l’échelle régionale. Le message serait clair : nous avons 3 ans, ou 5 ans, pour mettre en oeuvre le compostage de toutes les matières fermentescibles au niveau local. Passé ce délai, il devient simplement
interdit de jeter des déchets fermentescibles avec les autres ordures ménagères, cela ne peut plus aller au centre d’enfouissement.

Cela ferait économiser jusqu’à 30% du coût de ramassage. Cette économie financerait sans doute les plate-formes de compostage et les subventions aux particuliers pour l’achat de compostières.

Cet objectif ambitieux est possible pour une raison très simple : les gens sont tout de suite plus enclins à participer quand ils peuvent voir eux-mêmes le résultat de leurs efforts. Avec un compostage bien fait, le résultat est spectaculaire, et l’adhésion est grande. C’est ce que montrent toutes les expériences de ce type, et notre expérience du Sens de l’Humus.

Si on veut réussir à développer le tri, il faut commencer par le compostage. Composter est bien plus important et efficace que n’importe quel autre geste de tri. Le reste suivra tout seul.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons

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2 commentaires pour Composter, pour commencer

  1. fabien dit :

    Indubitablement.

  2. radwan hamma dit :

    le compostage des déchets vert

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