Le sol, la terre et les champs (LE Livre)

Ca fait bien longtemps maintenant que ce livre est entré dans nos existences. Ca devait être en août de l’année dernière. Il est apparu d’abord comme un mythe. Une œuvre qui, disait-on, existerait, mais serait introuvable, ne se commanderait que par des voies détournées, et qui aurait l’étrange pouvoir de changer l’existence de ceux qui parviennent à le posséder et à le lire.

C’était alors un autre temps. Une époque obscure : le Sens de l’Humus n’existait pas encore. Nous n’étions encore que des aspirants-paysans sans terre. Mais déjà la lecture de quelques pages anciennes de Bourguignon, échappées sur la toile mondiale, éclairait le chemin. Il ne restait plus qu’à s’y aventurer, trouver la révélation complète, le livre.

Et puis un jour de janvier, sur les rayons d’une librairie meilleure que les autres, il était là. C’était le dernier. Jamais depuis cette librairie n’a pu se le procurer de nouveau. Je n’en ai personnellement vu qu’un autre, une fois, lors d’un grand rassemblement d’écologistes, vers les bois de l’est parisien. Et encore était-il discrètement mais sévèrement gardé par une horde de vieux mâles.

La légende veut qu’un jour un disciple ait demandé à Bourguignon quel livre il pouvait lui conseiller pour apprendre ce qu’est un sol. Bourguignon lui aurait répondu « le mien ». Le maître manque peut-être de modestie, mais c’est le maître, et sur le coup, il se peut bien qu’il ait raison.

Mais qu’est-ce qu’il dit, le maître, au juste ?

Il dit qu’un sol est un être vivant, et que l’agriculture devrait se le rappeler (enfin, les agriculteurs, les agronomes, et tous ceux à qui il arrive de manger quand midi sonne). Il faut cesser de violer les sols. Il faut leur faire l’amour et les ensemencer tout doucement (c’est à peu près ce que disent aussi les agricoolteurs). Bon, des fois, on se dit que le maître enfonce des portes ouvertes, et puis quand on va y voir de près, on s’aperçoit qu’elles ont des serrures 5 points bien cadenassées.

Les agricoolteurs, qui sont, pour la première fois dans l’histoire de l’agronomie, en avance sur les agronomes, nous dit Bourguignon : ils développent des méthodes de préservation des sols, alors que les agronomes n’y croient pas. Car les agronomes demandent à la science « ce que nous exigions autrefois de la religion […] L’impasse dans laquelle est tombée l’humanité n’a pas de solution purement scientifique […] Ce ne sont pas des insecticides plus puissants qu’il faut à nos plantes, mais des conditions de culture plus équilibrées et plus harmonieuses ».

Il développe ensuite, de manière plus terre à terre, ce qu’il faut de science pour comprendre vraiment ce qu’est un sol : comment il se forme par les deux bouts, fruit d’une synergie entre les argiles issues de la roche mère et les humus provenant de la décomposition des matières organiques. Comment ces argiles et ces humus se lient aux ions minéraux pour résister à l’érosion. Comment l’épuisement de ces minéraux dans le sol aboutit finalement à la destruction des sols. Comment on aboutit enfin, selon le climat, le relief, et l’action des êtres vivants, à différents types de sols, plus ou moins fertiles et résistants.

On apprend comment le complexe argilo-humique est formé et maintenu par les microorganismes du sol, et comment la destruction de ces microorganismes par les labours profonds et les pesticides participe à la destruction des sols. Que les cultures et l’élevage ne devraient pas être séparées, mais devraient rester liées comme elles l’étaient dans les systèmes agro-sylvo-pastoraux ancestraux, surtout dans les régions où les sols sont fragiles, en montagne et dans les régions tropicales.

On apprend que les sols sont le siège d’une vie organique foisonnante, que le total des racines d’un hectare de seigle dans un sol en bonne santé peut représenter plusieurs milliards de kilomètres, que les invertébrés qui l’habitent en nombre lui donnent son extraordinaire souplesse et sa porosité, et assurent un mélange permanent et très progressif des horizons du sol, en décomposant et enfouissant la matière organique de surface.

Evidemment, je n’ai pas tout retenu, et je promets de relire Le Sol la terre et les Champs dès que j’ai fini de revoir la troisième saison de South Park. Je me rappelle que Bourguignon insiste sur le rôle des microorganismes, qu’il y a un chapitre sur les espèce domestiquées, où il souligne à quel point nos ancêtres paysans ont pu être créatifs en comparaison des chercheurs modernes, et il termine par une nouvelle conception de la fertilisation, soulignant le rôle des animaux d’élevage (ça, je m’en souvenais pas, je triche en feuilletant le bouquin, mais promis je le relis pour de vrai bientôt).

Bon, voilà, les lecteurs du Sens de l’humus ont maintenant une mission : trouver d’autres exemplaires du saint bouquin, le lire et le recommander autour d’eux, afin que le savoir qu’il contient soit diffusé partout à travers le monde.

Amen.

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17 commentaires pour Le sol, la terre et les champs (LE Livre)

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  4. fabien dit :

    Rééditée, augmentée, et 62,5% plus chère, juste pour casser la politique gouvernementale de défense du pouvoir d’achat.

    http://verdamilio.info/org/spip.php?article401

  5. tyler dit :

    a noter : La nouvelle édition du livre « Le sol, la terre et les champs » est disponible. Il a enfin été réédité.

  6. fabien dit :

    Si quelqu’un veut écrire des articles pour ce blog, qu’il ne se gène pas pour faire des propositions à contact(at)lesensdelhumus.org. Vous avez sans doute remarqué que l’activité est faible en ce moment.

  7. Yves dit :

    Oui, c’est un site très sympa et qui rejoint nos préoccupations (voir le forum):
    Site: http://www.recupe.net
    Et depuis la page d’accueil:
    – consulter les offres
    – forum
    etc…

    J’écris aussi à la suite de ce message, tout en sachant que ce n’est sans doute pas la bonne place…
    Peut-être créer un nouvel article??

    Bonne soirée à tous

  8. pAssAgEr.3 dit :

    Bonsoir, je n’ai pas vraiment le temps de trouver la rubrique appropriée pour poster et je m’en excuse d’avancen juste un petit message pour faire connaitre le site http://www.recupe.net; site de don très bien fourni, où j’y ait pu trouve beaucoup de choses interessantes, dont la partie jardinage où l’on propose moulte fois de grosses quantitées de terres de diverses qualités et composition (par exemple de la glaise, interessant non pour de la construction ..) ou du crottin, pour le compost.

    @pelouz

  9. Tis dit :

    Dans ce cas ne t’inquiètes pas on t’allumera !

  10. humus dit :

    Il est disponible par correspondance un peu partout. Ce qui est plus dur, c’est d’avoir la possibilité de le feuilleter avant de l’acheter. Parce qu’on peut nous croire sur parole, mais peut-être aussi qu’on dit de grosses conneries et que ce livre est nul.

  11. Tis dit :

    Il semble disponible sur le site de « l’Ecologiste » : http://www.ecologiste.org/index.html?target=p_60.html&lang=fr

  12. JC dit :

    Cet ouvrage est dispo dans les bibliothèques de la ville de Paris (précisément à la bib. Beaugrenelle dans le 15e).
    Le catalogue général est en ligne ici :
    http://dac-opac-pret.paris.fr/cyberpac/accueil.asp

  13. humus dit :

    C’est là que je l’ai trouvé aussi.
    A ma connaissance ils n’arrivaient plus à le commander.
    Mais j’exagère un tout petit peu quant à sa rareté.
    Tu as trouvé le tien à quelle date ?

  14. Je l’ai trouvé à la Maison rustique , Rue Jacob (Paris,6ème) et ça m’étonnerais qu’il n’en aient plus.
    Autre librairie très sympa (il a plein de trucs sur la botanique: René Thomas, rue des Fossés Saint-Bernard, près de Jussieu).(adresse exacte sur mon blog -> sources d’information).
    A noter que la communauté scientfique partage les analyses de Bourguignon sur le sol (ou plutôt c’est lui qui leur emprunte).Cf Le sol vivant (Université de Lausanne).Là dessus, il n’y a plus polémique.
    C’est sur les conclusions agronomiques que Bourguignon innove …et que les agriculteurs viennent le chercher, par exemple les viticulteurs bourguignons qui s’aperçoivent qu’il n’ont plus de sol à part du cuivre (la bouillie bordelaise à haute dose, ça pollue aussi).

  15. humus dit :

    Personnellement, je n’ai pas envie de faire ça à Bourguignon et à son éditeur. Je peux le prêter, et si celui à qui je le prête le fait, c’est son problème. Et s’il s’avère que l’éditeur ne veut pas le réimprimer, et qu’il devient vraiment introuvable…

  16. Raphael dit :

    T’es vraiement sûr que ça fait du tort à quelqu’un si tu le scanne et le mets sur internet ?

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